AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 La rune qui fut oubliée

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Eolh
artisan

avatar

Fonction : Couturière et Tisserand
Début de la légende : 12/09/2017
Parchemins : 32

MessageSujet: La rune qui fut oubliée   Mar 19 Sep - 20:24

— Je peux venir ?

Elle se souvenait encore de ces regards noirs posés sur ses frêles épaules. Elle avait retenu son souffle, s'était forcé à maintenir un visage serein et sympathique. Elle n'allait pas en démordre.

Je souhaiterais vendre quelques une de mes tapisseries...

Ils s'étaient concertés en silence, posant le pour et le contre. Eolh avait su à cet instant que les villageois maudirent le jeune homme qui avait malencontreusement dit tout haut leurs projets d'escale vers le port de Galway. Dès que les oreilles indiscrètes de la jeune femme eurent vent de cela, alors qu'elle se réapprovisionnait dans son village, la tisserand avait sauté sur l'occasion. Elle savait qu'ils ne pourraient lui refuser ce service, car après tout, ils n'avaient aucunes raisons de la repousser. L'hypocrisie à l'état pure ; on préfère cracher dans le dos, mais en face, on courbe l'échine et on brosse dans le sens du poils. Pourtant, elle voyait encore le visage de l'ancien se crisper, se tordre dans une mimique faussement chaleureuse pour lui répondre :

Bien sûr...

Eolh soupira, prenant une grande inspiration pour se repaître de cet air aux senteurs marins. Cela faisait un moment qu'un lourd silence régnait dans l'auberge où elle et les quelques villageois s'étaient logés. Et dehors, par delà sa fenêtre, le port de Galway était d'un calme presque singulier en cette nuit quelque peu fraîche. Trop tard pour qu'il y ait âmes qui vivent, pas assez tôt pour les habitants d'humeur matinal, c'était l'heure parfaite pour la jeune femme. Elle allait pouvoir mettre son plan à exécution.

Rapidement, et le plus silencieusement possible, elle se vêtit chaudement et attrapa un paquet ; un tissus encordé qui semblait protéger des rouleaux de petites tapisseries et, après s'être assurée qu'elle n'avait rien oublié, elle s'installa devant sa fenêtre. Etant au premier étage, la hauteur était parfaite, c'était tout à fait faisable. Elle posa ainsi son paquet précieux au bord avant d'enjamber. Lentement et précautionneusement, elle descendit prudemment le mur de façade en s'aidant des pierres dont elle était faite comme appuie. Lorsqu'elle fut à mi-chemin, elle tendit le bras au-dessus d'elle pour récupérer ses tapisseries. Après quoi, elle sauta.

Le bruit de sa chute résonna un instant dans les alentours, s'étouffant dans les brises nocturnes. Elle resta un petit moment accroupis au sol, cherchant du regard si quelqu'un ne l'avait pas repéré. Mais rien, ou du moins, ses yeux ne perçurent pas de silhouettes dans les ombres. Il faut dire que la lune offrait peu d'aide pour y voir dans l'obscurité. Cependant, cela lui suffira pour l'amener là elle voulait.

Eolh se redressa et abattit la grande capuche de sa cape noir mouchetée de bleue sur son visage. La jeune femme se mit aussitôt en route. Le chemin qui lui menait jusqu'à l'extérieur de la ville portuaire lui parut tout simplement interminable. Impossible de savoir si c'était l'angoisse d'être vue ou l'adrénaline de se faufiler comme une voleuse dans les ruelles sombres et désertes qui était la cause de ce tamtam assourdissant au fond de sa poitrine. Tout comme elle lui était impossible de savoir si oui ou non elle était bien suivi. Elle sentait comme un regard sur sa nuque, deux yeux ancrés dans sa chair. Mais à chaque fois qu'elle se retournait, elle ne pouvait y discerner un quelconque individu. Alors elle se hâtait, pressait le pas, entre angoisse et impatience de se retrouver derrière les murs.

Ce fut comme si un poids monumental s'était retiré de ses épaules lorsqu'elle rentra dans les sois-bois près de la ville. Essouflée, Eolh se retourna pour admirer sous le clair de lune le chemin qu'elle avait parcourue. Et personne à l'horizon, alors pourquoi cette sensation d'être observée persistait ? La jeune femme fit quelque pas à reculons, cherchant dans les ombrages, toujours rien. Sans nul doute la folie. Peu rassurée, elle se rapprocha des falaises, là où le vent mugissait et chantonnait une ode macabre à la nuit. En bas, les vagues d'encres se brisaient contre la roche et de là où elle était, Galway semblait bien insignifiant au bord de la mer. De son perchoir, elle admira un instant cette vue enchanteresse et peu rassurante d'une eau sombre se perdant à l'horizon, là où la lune se reflétait sur la surface.

Eolh prit une grande inspiration et déposa son paquet à ses pieds. Elle le défit et déroula les tapisseries en murmurant à elle même :

Manannan Mac Lyr, Balor, Corb, Buarainech, Elatha, Eitne, Cethlenn et... Crom... C'est bon, vous êtes tous là...

Son visage se déridait à la vue de ses tapisseries ayant bien supportés le voyage. Des Dieux Fomoires, des runes d'argent dans les eaux sombres, des silhouettes de créatures marines... Chaque oeuvres étaient uniques, représentant une ou plusieurs Divinités dans les entrailles des océans. Eolh espérait seulement qu'on la surprenne pas faire des offrandes à ces Fomoires Divins...
© eire chronicles

_________________
Adoratrice du Dieu Cornu
Ô, Eolh, Rune du Haut-Arbre Yggdrasill,
Je te loue, Glyphe sournoise du Refuge.
Protège-moi des hâbleurs aux propos si vils
Et écarte de ma voie leurs subterfuges

code: @EIRE CHRONICLE
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Indech
géant de la mer

avatar

Talents cachés : Ancien roi guerrier, maître des runes et personnage complexe façonné par sa nature et ses humeurs
Fonction : Gardien de la mémoire runique
Début de la légende : 16/09/2017
Parchemins : 55

MessageSujet: Re: La rune qui fut oubliée   Lun 25 Sep - 23:33



La rune qui fut oubliée
ft. Eolh



Indech avait quitté les côtes de son île, ce tout petit royaume qui restait le sien. Ils étaient peu nombreux à vivre encore sur ses rivages ou dans ses eaux. Cela faisait bien des années que la santé de Inishtrahull n'était plus. Depuis la grande défaite, les siens vivaient recroquevillés, encore penaud face à leur déchéance et pansant des blessures trop vieilles qui ne semblaient jamais vraiment vouloir guérir. Indech n'était pas exempt de ses travers. Lui-même avait subît de sérieuses défaites et il avait beaucoup de mal à s'en remettre. Le temps n'amoindrissait pas la honte ou la rancœur. Elle avait même tendance à l'augmenter. Il s'en était nourri et le faisait encore pour continuer d'avancer. Il avait des comptes à régler et il avait du mal à ronger son frein en attendant de pouvoir accomplir ses sombres desseins. Le chemin menant à la victoire et à l'accomplissement de sa vengeance semblait sans fin. C'était parce qu'il y avait de nombreux obstacles à son accomplissement. Indech n'était pas réputé pour sa patience pourtant pour pouvoir mettre un terme à ses rancœur et retrouver son honneur il était prêt à se contenir suffisamment. Il rongeait son frein et attendait encore et encore que ses forces se rassemblent. Ce n'était pas choses aisées. Les siens avaient été lourdement touché et même si les fomoires étaient faits de l'essence des cauchemars et qu'on les pensait incapables d'avoir peur, ils étaient capables comme toute être de ressentir les serres de la peur enserrer leurs cœurs. Lug leur avait fait découvrir cet effroyable sentiment et depuis les fomoires n'étaient que l'ombre d'eux-mêmes. Ils avaient toujours eu des difficultés à se placer sous une seule bannière, malgré leur besoin de vivre en meute. Aujourd'hui, c'était encore pire qu'avant. Indech savait que pour l'accomplissement de ses désirs, il avait besoin d'une armée forte.

Il était bien difficile de mettre la main sur des guerriers en ces heures sombres. Lorsque Indech avait remis la main sur son trône après l'avoir perdu, il avait dû fouiller les mers du nord de l'Irlande pour retrouver où se cachait les siens. Ils se terraient tous et il trouvait qu'ils n'étaient que l'ombre d'eux-mêmes. Pourtant, il les chercha les uns après les autres et les ramena près de Inishtrahull. De son ancienne forteresse, il ne restait que des pierres abandonnées aux vents que les hommes évitaient comme la plus virulente des magies. Ce qui n'était pas plus mal. Indech avait été fort surpris à son retour sur l'île après la deuxième bataille contre les Tuatha Dé Danann de voir que son île de naissance avait été peuplé par des hommes qui s'y était installé. Celui qui lui avait pris son trône n'avait rien fait pour repousser les hommes des terres et pendant longtemps eurent le temps de prospérer sur l'île. Indech les voyait comme une nuisance. A l'instar des hommes qui avaient bien du mal à accepter les petits insectes dans leurs chaumières, Indech avait bien du mal à accepter les hommes qui étaient à bien des égards pour lui, l'équivalent de fourmis dans son logis. Pourtant, il n'eut guère le temps de les déloger lorsqu'il dut partir à la rechercher des siens éparpillés dans les eaux environnantes. Indech considérait que cela restait une contrariété de second plan. Il avait à faire et de toute manière, il y avait une grotte marine et profonde qui servait tout aussi bien que son ancienne forteresse. Les fomoires aimaient la mer. Elle était à leur image : incroyablement forte, violente parfois et sujette aux changements d'humeur. Ils s'y sentaient chez eux, d'autant qu'ils tiraient leur force et leur glamour des créatures qui peuplaient les fonds marins.

C'est de la mer que lui parvint cette folle rumeur, selon laquelle on aurait aperçu son fils près des côtés portuaires de Dún na Gaillimhe. Indech avait bien eu du mal à le croire. Cela faisait des années qu'il n'avait pas entendu le nom de son fils. Ochtriallach… Entendre à nouveau ce nom était à la fois un réconfort et un inconfort certain. Depuis la grande défaite, Indech n'avait plus eu de nouvelles de son fils. Il ignorait tout de ce qui lui était arrivé. Il avait envoyé Ochtriallach accomplir un plan afin de stopper une attaque des Tuatha Dé Danann et si ce dernier avait permis une victoire, on n'avait plus jamais entendu parler de lui après cela. Indech avait fini par croire qu'il avait trouvé la mort au combat. Autrement, il ne pouvait concevoir que ce dernier n'ait pas rejoint les siens. Il n'était pas comme sa sœur, capable de trahir les fomoires. Il avait été un serviteur fidèle et accompli alors même qu'il était affublé d'une tare peu commune qui aurait pu ruiner toutes les chances d'être un guerrier fussent-elles donnés à un autre. Il n'était pas un de ces damoiseaux incapables de se battre, comme l'étaient certains fomoires qui n'étaient pas nés sous de bons augures. C'est ce qui avait poussé Indech à quitter les eaux de Inishtrahull, pour se rendre sur la côte ouest de l'Irlande. Il avait voyagé vite et bien. L'ancien roi guerrier ne tenait pas à attirer les regards sur lui. Il souhaitait éviter la confrontation. Si guerre il devait y avoir cela serait sous ses conditions et non pas parce qu'il y aurait été accumulé. Heureusement pour lui, il ne fit aucune rencontre qui aurait pu le pousser dans cette direction. Ce n'était encore qu'un vilain village avec quelques pierres et chaumières. Un repaire d'hommes.

Indech se cacha du soleil et de sa lumière néfaste le temps d'une journée avant de repartir faire ses recherches. Il eut beau arpenter le village et ses alentours. Il ne trouva aucun écho qui pourrait lui donner une piste où trouver son fils. Les rumeurs étaient fausses. Le fomoire ne voyait que cette explication. Il était fort agacé d'avoir dû faire tout ce chemin pour rien. Il se trouvait bien stupide d'avoir cru à ses rumeurs et d'avoir laissé son fragile royaume derrière lui pour aller vérifier si elles étaient vraies. Indech se demanda même si cela n'avait pas été une ruse d'un autre chef fomoire qui se serait mis dans l'idée d'acquérir ses terres. Plus il y pensait, plus il sentait une colère sourde et familière l'envahir. Il retrouverait celui qui avait lancé ses folles rumeurs et il lui ferait passer l'envie de se jouer de lui. Peu de gens le savait aussi bien fomoire que les autres créatures, mais Indech avait une grande faiblesse : ses enfants. Il lui semblait que quelqu'un avait trouvé le passage dans son armure et se jouait de lui. N'était-ce pas Leathchúpla le premier qui lui avait rapporté ces rumeurs, le frère de lait de son propre fils ? Ses pensées étaient sombres, colériques et enflammés. Il suffisait d'un rien pour que la mèche s'enflamme. Déçu et colérique, Indech s'apprêtait à retrouver les eaux de la mer et à rentrer chez lui, quand quelque chose le détourna de son chemin. Il était alors en train de traverser le village des hommes endormis, quand il aperçut une de ces créatures mortelles se faufiler à pas de voleurs, hors de ces murs. Une curiosité malsaine le poussa à suivre discrètement l'être. Il savait se faire aussi discret qu'une ombre et observer cette humaine reflua un instant sa colère destructrice. Pourquoi donc s'était-il mis à la suivre ?! Il ne savait vraiment l'expliquer. C'était une de ces évidences qu'il avait appris à suivre sur le champs de bataille. Il n'y avait pas renoncé. C'est pourquoi il suivait l'humaine.

Cette dernière atteignit les sous-bois que Indech avait quitté plus tôt très en colère et prêt à ajouter une nouvelle rancœur à sa liste déjà bien longue. La jeune femme se retourna comme si elle se sentait observer, mais il ne put rien voir. Il était bien caché et ne pouvait la perdre des yeux. Il y avait comme une drôle de sensation. Indech n'aimait pas bien cela. Il sentait qu'il y avait quelque chose dans l'air et cela le convainquit de continuer à la suivre alors qu'il y avait peu, il était tout déterminé à rentrer chez lui. Il la vit s'approcher d'une de ces falaises qui bordent les côtés de l'Irlande dans les régions de l'ouest. Elle faisait face à la mer. Elle se pencha et put ainsi observer qu'elle déroulait des tapisseries tout en murmurant le nom de quelques grands fomoires que l'on qualifiait aisément de divinités. Sa nature lui permettait de voir parfaitement le travail de couture et de reconnaître les noms. Qu'elle était donc cette drôle d'humaine qui semblait faire offrande aux fomoires. Indech ne se rappelait plus de la dernière fois qu'un humain avait porté son tribut et ses hommages aux fomoires. C'était avant que cet imbécile de Bres ne perde son pouvoir parce qu'il n'avait pas été assez malin pour tenir le trône. Il s'était fait ridiculiser par les vers d'un petit druide plus habile que les autres et Bres avait perdu le pouvoir. Cette perte avait été celle de tous les fomoires. Les Tuatha Dé Danann s'étaient sentis capable de vaincre leur lointains cousins. Cependant, avant que tout ceci n'ait lieu, les fomoires avaient régné. Ils avaient imposé leur domination sur tous les êtres peuplant l'Irlande du plus mortel au plus immortel. Une vision du passé passa devant les yeux de Indech faite de sang, de larmes et de blasons détruits. C'était ce temps-là pour lequel il se préparait. Ils y reviendraient. Il en était persuadé.

Il s'était approché de l'humaine pour voir son travail. Il avait été très discret. Elle ne l'avait pas senti s'approcher, alors qu'elle avait été plus que méfiante sur le chemin. Peut-être était-ce parce qu'elle était trop occupée par sa tâche, qu'elle n'avait pu l'entendre arriver. Avec une précaution que démentait son apparence, Indech s'était penché sur le travail d'aiguille et avait même prit la parole :

« Voilà une vision particulière. J'ai le souvenir que Balor était bien moins majestueux. Il était borgne, énorme et cela nous coûta beaucoup. Elatha avait tout d'un Tuatha avec son allure lumineuse et cela fait bien longtemps que je ne l'ai vu dans les eaux, quant à Crom il ne quitte plus son culte. C'est une vision des choses, mais j'y aurai ajouté un peu plus de réalisme. » Il esquissa un sourire tordu qui n'avait pas du tout l'air sympathique lorsqu'il vit l'humaine se tourner vers lui. « Mais qu'est-ce qu'une humaine peut savoir de ces choses-là... » Ajouta-t-il avec une certaine forme d'intimidation dans le ton de sa voix.

Indech était devenu méfiant à force de se faire trahir. Une humaine rendant hommage aux fomoire, c'était trop étrange par les temps qui courraient. Il avait toujours cru que ces larves préféraient les  Tuatha Dé Danann. Les hommes ont toujours été attiré par les belles choses et même sous leur glamour, les fomoires ne pouvaient rivaliser, car ils étaient des monstres.


« Je me demande ce qu'une petite mortel comme toi peut bien espérer en faisant un tel geste ? Qu'est-ce que cela cache ? »
Demanda Indech avec cette fois-ci une pointe de menace dans ses questions.

La réponse avait intérêt de lui plaire. Il avait une belle colère à passer et bien qu'il savait qu'il en décernait une partie pour Leathchúpla, il pouvait bien commencer par une simple humaine. Voilà bien longtemps qu'il n'avait pas laissé parler un peu de violence envers l'un de ses êtres mortels. Il pouvait tout aussi bien commencé par celle-ci.


CSS par Gaelle


HJ:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Eolh
artisan

avatar

Fonction : Couturière et Tisserand
Début de la légende : 12/09/2017
Parchemins : 32

MessageSujet: Re: La rune qui fut oubliée   Jeu 28 Sep - 11:17

Et les brises marines étouffèrent son cri. Cet éclat de voix qui avait jailli hors de cette gorge, hors de ces lèvres que la jeune Eolh avait à présent scellée d'une main tremblante. Jamais, au grand jamais, elle n'avait eu une telle frayeur et, dans une once de lucidité, l'humaine était bien heureuse de se savoir en vie. Ce coeur qui battait fiévreusement dans cette cage thoracique, elle avait cru durant un instant qu'il avait cessé de battre durant cet excès d'effroi. Mourir de peur. Jamais une expression lui parut aussi censée et qu'il était bon de pouvoir à nouveau respirer, sentir la morsure du froid dans sa chair, ressentir le sang pulser dans ses veines. Ho oui, elle avait eu la frayeur de sa vie et là, à cet instant, tous les pores de sa peau empestait la peur. Elle empestait comme pourrait l'être un lapin dans la gueule du renard. Ça n'osait même pas faire un mouvement, comme si elle craignait que cela entraîne une mort prématurée. Non, elle ne pouvait qu'observer ce nouvel arrivant de ses grands yeux écarquillés. Les mots qui échappaient de sa bouche peinaient à faire son chemin dans son esprit embrumé et, malgré ses remarques qui auraient pu être fortes intéressantes pour une future offrande, Eolh ne pouvait se détendre face à sa présence. Comment pouvait-on être calme quand un Fomoire vous faisait face ?

Garder son sang-froid... En voilà une épreuve. Ce sourire carnassier, cette voix aussi froide que le fer d'une lame… Pas de doute, il était une menace. La jeune femme sentait ce regard rentrer dans sa chair pour écarter ses cotes à la recherche de ce coeur qui s'emballait. Elle entendait ce timbre sombre s'immiscer dans son esprit pour l'empoisonner. Elle voyait, ancré dans les plis de son visage, cette haine qui alimentait son coeur, sa raison, ses pensées. Eolh le savait, en cet instant, entre la gueule de l'ennemi et le grand saut dans les eaux noirs d'Irlande, que sa vie était logée aux creux de cette main étrangère. L'esprit bouillonnait, les mots foisonnaient, que choisir, que dire, que répondre ? Vite, Mamie Wynn lui avait maintes fois prévenue ; les Fomoires ne sont pas Maîtres de la patience et n’ont pour la plupart aucun scrupule à en venir au sang. Quelque chose pour le convaincre, pour étouffer sa colère, pour lui laisser la vie sauve. Vite, il fallait la vérité :

Je…

Respirer. Se reprendre. Ça faisait mal à la poitrine tellement ça cognait à l’intérieur. Le corps tremblait sans pouvoir s’arrêter jusqu’à enrailler sa voix d’habitude chaude et suave. Son souffle lui manquait, ça s’étouffait. Une grande inspiration, et on continue :

Je… mon… mon geste est désintéressée… Je ne suis que tisserand qui offre mon art aux Dieux… Je ne cherche ni gloire, ni or, ni pitié, ni bonnes grâces… Juste…

Une rougeur avait teinté ses joues. Eolh cherchait ses mots, mais aussi le courage pour s’ouvrir à l’inconnu. Le menace qui planait au-dessus de sa tête lui faisait reprendre bien vite la parole :

Cela a toujours été ainsi… depuis que je sais manier le fil et l’aiguille… Bien que mon cœur appartienne au Grand Cornu, je ne pouvais… Enfin… Pourquoi devrais-je ignorer les autres Dieux ? Pourquoi… dois-je être qu’au service d’une seule Divinité ? Plus que jamais, en ces jours sombres, il est devenu important de leur montrer qu’ils ne sont pas… Seuls ? Combien de fidèle ont rejoint ce Dieu venu d’au-delà des mers ? Combien de sang ont été coulé en son nom ?

Son regard se posa sur ses étoffes, sur ces illustres Fomoires, ces Divinités dont leur existence était à présent menacée.

C’est vrai… Cela peut paraître étrange qu’une simple humaine se tournent vers vos Dieux, mais… Eux aussi sont touché par la menace du Dieu Chrétien… Je ne sais pas… Je n’ai pas personnellement d’animosité envers eux et… Je me dis que cela pourrait peut-être leur faire plaisirs de voir qu’il y a encore des fidèles qui n’ont pas tourné le dos pour l’Unique… Et puis…

Sa bouche se scella. Non, il n’a pas forcément à savoir le lien qui unissait la jeune femme avec les Fomoires. Eolh chassa cette pensée d’un geste de la tête, reprenant convenance :

Enfin, je dis ça mais… Peut-être que sans le vouloir je les insulte et m’attire leurs courroux… Comme vous dîtes, je ne suis qu’une humaine et peut-être que ma présence, autant que ma maladresse lors des offrandes, offensent les Dieux… Je ne suis pas sûr de bien faire…

Comme pour appuyer ses propos, son visage se tourna vers la mer. Elle était si calme en cette nuit, contrairement à Eolh. Cette dernière n’avait cessé, depuis qu’elle avait pris la parole, de tripoter nerveusement un couvre épaule en fourrure suspendu à sa ceinture. Il sentait toujours le sel, même après tant d’années et malgré l’étrangeté de sa relation qui la reliait avec son sauveur, garder auprès de sois ce vêtement dans lequel elle fut enveloppée lors de son premier souffle lui offrait comme une once de réconfort et de chaleur. Juste de quoi lui permettre de supporter l’attente insoutenable de sa sentence.

Se calmer. Respirer. Ne pas craquer. Garder son sang-froid. C’est possible de s’évanouir de peur ?
©️ eire chronicles


HJ:
 

_________________
Adoratrice du Dieu Cornu
Ô, Eolh, Rune du Haut-Arbre Yggdrasill,
Je te loue, Glyphe sournoise du Refuge.
Protège-moi des hâbleurs aux propos si vils
Et écarte de ma voie leurs subterfuges

code: @EIRE CHRONICLE
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
La rune qui fut oubliée
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Le Manoir Oublié
» Un anniversaire oublié [Privé]
» Mission de rang C : Le reliquaire oublié
» Un enfant oublié sur une aire d'autoroute...
» [TERMINE]J'ai oublié d'te demander quelque chose la dernière fois... [Paige]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Lebor Gabála Érenn ::  :: Galway, la ville portuaire :: Le port-
Sauter vers: